Comprendre la gauche identitaire (et ce qui la différencie de la droite identitaire)

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Bonjour,

 

Aujourd’hui, je vais répondre à un dénommé Aliocha Morin Ender qui a publié un long discours sur Twitter sur ce qu’il appelle la “gauche politique identitaire“, qui mériterait une réponse.

Selon ce Twitto, la gauche aurait désormais une “analyse identitaire de la politique”, dans le sens qu’elle exclurait les gens en fonction de leur orientation politique, et se démarquerait de la droite qui aurait une “identité non politique” qui serait plus nationale ou religieuse.

Dans un sens, ce Twitto n’a pas vraiment tort, et je vais parler de la différence fondamentale entre la gauche et la droite.

Tandis que la droite passe son temps à dire que seule la “classe ouvrière blanche” serait légitime, tandis que les féministes, les homosexuels, les musulmans, les migrants, les jeunes et les intellectuels ne le seraient pas, la gauche, en général, cherche plutôt à transcender toutes ces divisions et à unir des individus en fonction de valeurs communes.

Toutefois, il est naturel de préférer être avec des personnes qui partagent nos idées et nos valeurs qu’avec les autres, surtout si on très politiquement engagé. La gauche prône l’unité de l’ensemble des groupes de personne, mais peut effectivement refuser d’inclure dans ses rangs des gens de droite et d’extrême-droite qui s’opposent à cette même unité. Dans la vie, on peut être tolérant, mais on ne peut pas tout tolérer. La gauche peut tolérer l’homosexualité, l’avortement, le féminisme, l’immigration et les unions entre des personnes d’origine différente, mais ne peut en aucun cas tolérer le racisme, le harcèlement et tout ce qui peut faire régresser l’humanité.

Il serait intéressant de lire le programme de la France Insoumise sur l’immigration pour constater qu’en fait, la plupart des militants de gauche ne s’opposent pas à l’existence d’États-nations, mais croient que ces États-nations devraient se caractériser non pas par une culture commune, une ethnicité commune ou une religion commune, mais par l’adhésion à des valeurs communes. Dans le cas de la France par exemple, tandis que la droite pense que les migrants et les minorités ethniques ne devraient pas avoir le droit d’être patriotes et d’aimer la France, la gauche pense en revanche que tout le monde devrait avoir la chance de s’intégrer dans la société française.

En général, les militants de gauche s’en fichent éperdument que quelqu’un soit un homosexuel, un juif, un musulman, un Noir ou qu’il soit issu d’une quelconque minorité ethnique, religieuse ou sociale. Même quand ils fustigent la politique israélienne, ils font souvent attention de ne pas confondre le gouvernement israélien et la plupart des juifs ou même la plupart des Israéliens (qui ne sont pas tous des partisans du gouvernement d’extrême-droite de Netanyahu). En revanche, il n’est pas rare à l’extrême-droite de diffuser des fausses rumeurs sur un complot soi-disant “judéo-mondialiste” visant à imposer “l’immigration de masse”, le “grand remplacement” et tout le reste. Il faut par ailleurs se rappeler que l’auteur de la tuerie antisémite à Pittsburgh était un homme de la droite radicale et non de la gauche radicale. C’est là qu’il faut se demander où sont les vrais antisémites. Il y a certes une gauche identitaire (ou “indigéniste”) qui déteste résolument les hommes blancs de souche, mais ce courant est extrêmement minoritaire au sein de la gauche. Le plus souvent, ce sont les gens de droite qui sèment les divisions nationales, ethniques et religieuses et qui s’opposent à la mixité entre les différents peuples.

Je sais que ceux qui sont beaucoup trop à droite ne comprendront pas, mais j’ai des amis sur Twitter qui sont originaires du Royaume-Uni, de la Finlande ou des États-Unis, c’est-à-dire des pays où les gens sont généralement très atlantistes et anti-russes, mais ces personnes sont toutefois capables d’avoir des opinions opposées à la doxa atlantiste et russophobe. C’est là qu’on s’aperçoit que peu importe le pays où vous choisirez de vous installer, vous allez toujours trouver des personnes qui vous correspondront et d’autres qui ne vous correspondront pas. Tout ça pour dire que même avec toutes les divisions nationales, ethniques, religieuses, linguistiques et culturelles qui existent, dans le fond, les différents peuples restent tous des humains et ne sont pas radicalement différents entre eux. Seule l’éducation et la propagande peuvent formater les individus vivant dans un territoire spécifique. La culture, la langue, l’héritage, la nationalité, le handicap, le sexe, l’ethnicité et tout le reste, tout cela divise beaucoup moins les individus que les différentes sensibilités politiques, philosophiques et religieuses. Mais surtout, ce qui divise les différents peuples, c’est l’idéologie nationaliste qui sème les tensions entre ces peuples et contribue à générer des guerres sans fin entre eux.

Donc, il ne faut pas reprocher aux militants de gauche de refuser de s’afficher avec des réactionnaires de droite et d’extrême-droite, et je pourrais même dire que ce phénomène n’est pas propre aux militants de gauche, puisqu’une bonne partie de la droite dure semble aussi avoir cette même “analyse identitaire de la politique” et refuse de s’afficher avec des militants et des politiciens issus de la gauche socialiste ou libérale.

Maintenant, j’allais oublier cette accusation de “mépris de classe” souvent intentée contre la gauche qui n’aimerait pas les personnes issues de la “classe ouvrière”. Déjà, il faudrait que les pauvres soient capables de s’entendre entre eux et de former un groupe uni, mais ce n’est absolument pas le cas, puisque les pauvres ne sont pas un groupe monolithique et que les différences sont beaucoup trop fortes entre eux. Les divisions internes ne sont donc pas un complot, mais une réalité. Allez dire à tous les prolos blancs de souche ce qu’ils pensent des travailleurs pauvres d’origine immigrée et ils vous diront quelque chose comme par exemple que les intérêts des pauvres blancs de souche et ceux des pauvres d’origine immigrée ne convergeraient pas entre eux, et c’est ce qui arrive quand on monte les classes ouvrières blanches contre les féministes, les homosexuels, les migrants, les jeunes et les intellectuels. Donc, déjà, c’est un argument qui ne tient pas la route.

Pour finir, j’aimerais dire que j’étais à l’origine issu de la droite, mais que je préfère désormais être de gauche, parce que j’en ai vraiment ras-le-bol des réacs de droite qui passent le temps à gueuler contre les féministes, les intellectuels, les libéraux et tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Enfin, pour ceux qui, d’entre eux, me suivent sur Twitter, je vous demanderais gentiment de vous désabonner de mon compte et ne plus penser à moi, autrement, ce sera blocage de ma part.