La dérive de Magali Marc et le naufrage des sectaires de Dreuz

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Critiqué par Andrew Scheer et le Parti Conservateur du Canada pour ses prises de position sur l’immigration et le multiculturalisme, Maxime Bernier a décidé de quitter le parti et annonce qu’il va créer son propre parti.

 

Immédiatement, Dreuz, qui a officiellement pris partie pour les Conservateurs canadiens, commence à mener des attaques contre la presse officielle et les élites canadiennes qui se seraient toutes “converties à l’idéologie destructrice du multiculturalisme”.

 

Quand je lis les articles du Journal de Montréal qui attaquent systématiquement Trudeau et tous ceux qui s’opposent à l’islamophobie au Québec et dans le reste du Canada, je me demande souvent si la véritable doxa ne serait pas du côté des islamophobes et des frénétiques occidentalisés, mais bon, c’est un autre sujet.

 

Pour parler du discours de M. Bernier sur le site En Bauce, il explique avoir quitté le Parti Conservateur qu’il dénonce comme un “parti intellectuellement et moralement corrompu”. Il reproche en outre à Andrew Scheer et aux Conservateurs d’avoir pris le parti de Trudeau face à Trudeau lors de la guerre commercial américano-canadienne :

 

“Mais surtout, la gestion de l’offre est devenue l’un des principaux obstacles à un accord avec les États-Unis sur l’ALÉNA. Les ex-chefs conservateurs Brian Mulroney et Rona Ambrose sont d’accord pour mettre cette question sur la table de négociation.

Malgré cela, le Parti conservateur s’est rangé derrière le gouvernement libéral. Il appuie également les mesures tarifaires de représailles du gouvernement libéral, même si cela va nuire à nos entreprises et à nos consommateurs. Même si le Canada n’a aucune chance réaliste de remporter une guerre commerciale avec un voisin dix fois plus gros. Même si nous pourrions relancer les négociations avec succès si nous mettons la gestion de l’offre sur la table, et si nous acceptons l’offre du président Trump de négocier un démantèlement de toutes les barrières commerciales, comme l’a fait l’Union européenne.

Les libéraux font de la petite politique avec ce dossier d’une importance cruciale. Ils mettent en danger les 20 % de notre économie qui dépendent des échanges commerciaux avec les États-Unis ainsi que la prospérité future du Canada.”

 

En clair, M. Bernier souhaite que le Canada demeure la catin de l’Amérique, même dirigée par Trump. Il justifie cela au nom de la “prospérité future du Canada”, mais dans ce cas, pourquoi ne pas également développer des réseaux économiques avec l’Europe et la Chine plutôt que de s’abattre sur une Amérique de plus en plus isolée dans le monde depuis la victoire de Trump? Ce qui prouve bien que M. Bernier n’est pas un authentique libéral, mais plutôt un néoconservateur favorable à un libre-échange à deux vitesses qui se limite aux seuls alliés inconditionnels des États-Unis. Bref, c’est un autre argument fallacieux qui ne tient pas la route.

 

Mais trois jours après, M. Bernier est pogné à faire l’éloge d’Emmanuel Macron et à se comparer à lui tout en se considérant comme un “outsider”, ce qui ne passera pas auprès des lecteurs et rédacteurs de Dreuz. Magali Marc, comme d’habitude, va s’en prendre à Macron et le taxer de socialiste. Encore faudrait-il trouver un seul élément de la politique de Macron qui puisse faire de lui un socialiste. Pour moi, il n’est pas plus socialiste que n’importe quel extrémiste de droite qui passe son temps à taper sur le “capitalisme mondialo-multiculturaliste”. Les libéraux comme Macron, Couillard et moi-même ne critiquons jamais le capitalisme. Au contraire, nous sommes très à l’aise avec le capitalisme et le libre-marché, même si en tant que progressistes, nous pouvons parfois soutenir des régulations saines et raisonnables sur le libre-marché.

 

Le problème est que Dreuz se “rigidifie autour de l’orthodoxie de ses idées” pour reprendre l’expression de Jean-Patrick Grumberg sur Bill Kristol qu’il qualifie de “sectaire anti-Trump”. Sauf qu’ils font exactement la même chose que ce dernier en attaquant toute personne qui ose critiquer Trump, y compris les Conservateurs américains de droite anti-Trump qualifiés “d’imposteurs” par Guy Millière. Et puisque Trump semble être dans la “tourmente judiciaire“, ses partisans inconditionnels peuvent toujours respirer pendant encore quatre ou cinq mois, mais d’ici janvier l’année prochaine, leur lune de miel qui aura duré le long des années 2017 et 2018 risque fort bien de se terminer. À partir des prochains mois, on verra si l’ascension de l’extrême-droite partout en Occident est vouée ou non à s’éterniser.

 

Enfin, pour M. Bernier, je crois qu’on peut le remercier d’avoir déstabilisé Scheer et les Conservateurs et fait le jeu de Trudeau et des Libéraux. Pour le reste, je ne réagirai pas publiquement préférant les laisser se battre entre eux.